Les MetaCités : entre désurbanisation réelle et ré-urbanisation virtuelle

Les MetaCités, c’est le site de Stéphane Le Solliec, développeur web HTML / CSS / PHP / MySQL depuis 15 ans. Passionné par l’informatique, la communication, la programmation, l’infographie, l’art, les relations humaines, l’évolution de notre civilisation, les sciences cognitives, la methodologie, l’économie, l’innovation, les neurosciences, l’écologie, …

Le terme MetaCités fait référence à l’émergence d’une nouvelle urbanité numérique, qui fait qu’on prête souvent plus attention aux personnes auxquelles on est en relation via les forum, tchats, blogs, en ligne, qu’à notre voisin de rue, de palier ou de bureau. Ce phénomène est d’autant plus important qu’à l’inverse, le monde réel est en voie de désurbanisation depuis une cinquantaine d’années notamment grâce au trio voiture, pavillon / appartement, télévision.

La juxtaposition ne fait pas l’urbanisation
Selon l’ONU, depuis 2008, plus de 50% de l’humanité vit dorénavant en ville. C’est techniquement vrai si l’on prend pour définition bête de la ville, un ensemble d’habitations juxtaposées. Si l’on est un peu plus exigeant sur le terme et qu’on demande qu’en plus ces habitants soient en relation, partageant un minimum de liens sociaux, vivent dans une même cité, l’appréciation peut changer profondément.

Désurbanisation réelle : le cauchemard américain
Il y a plusieurs dizaines d’années, les villages étaient encore habités par une population largement autonome, pouvant travailler, habiter, se nourrir, s’habiller, se divertir, sans forcément devoir aller à la ville. Loin de vouloir projeter une vision idyllique ou nostalgique de ces petites unités cohérentes, il est important de comprendre que l’on y vivait en se connaissant ou en se reconnaissant les uns les autres, dans une certaine convivialité, et que l’abondance de commerces et services de proximité autorisait de ne pas avoir de voiture.

Ce modèle a maintenant disparu en raison de plusieurs facteurs qui, jetés ensembles donnent une sorte de soupe qu’on appelle parfois modernité. Ces facteurs sont par exemple la diminution du nombre d’agriculteurs, l’industrialisation, la généralisation de l’automobile, la prolifération des grandes zones commerciales, le maillage du territoire par un réseau de 2×2 voies, etc … en un demi siècle, la ville est devenu le principal lieu où trouver du travail, ou se loger, ou consommer et se divertir.

Le rêve américain (ou chacun possède sa maison, sa voiture et sa télévision) s’est imposé comme idéal de vie à la majorité du monde occidental et même du monde entier.

L’urbanisation de masse fit naitre les quartiers HLM généralement situés en périphérie des villes. Mais peu de personnes se font un idéal de vivre dans un quartier HLM et  l’aspiration générale est d’avoir les moyens d’en sortir et de faire construire son pavillon.

Mais quartiers HLM et zones pavillonnaires ne sont pas des espaces urbains, des espaces de relation. On n’y travaille guerre. Commerces et services y sont à l’état de traces. Ces unités ne sont pas autonomes et dépendent des moyens de transports collectifs ou individuels pour les irriguer et permettre à leurs habitants d’aller travailler, manger, se vétir ou s’amuser.
L’opposition n’est pas à faire entre villes et campagnes, mais entre zones autonomes et conviviales (les anciens petits villages, les quartiers de centre ville) qui sont multi-usages ; et zones mono-fonction,  très souvent impersonnelles et dépendantes, que sont les  cités dortoirs, les lotissements pavillonnaires, les zones d’activité commerciales, …

Dans ces zones, on croise son voisin sans lui parler, car chacun est dans sa voiture. Les écoles primaires restent le principal lieu social des lotissements et quartiers. En dehors de ce genre de vestige, l’absence de vie sociale permet de passer 3 heures par jour en moyenne devant sa télévision.

Pourtant, l’être humain ne son contente pas de ces déserts sociaux, et compense comme il peut cette sorte de vide. Le succès des séries est révélateur de la volonté d’entretenir une relation affective de longue durée avec les personnages, plus que l’éphémère rencontre d’un soir occasionnée par un film, si bon fut-il.

Faible densité => voitures => centres commerciaux => dé-socialisation => ersatz télévisuel
En raison de leur trop faible densité de population, aucun lotissement pavillonnaire ne voit s’installer de petits commerces ou services en son sein. Le pavillon nécessite donc la voiture. Une fois en  voiture, quelle différence entre faire un ou dix kilomètres ? Autant aller au grand centre commercial, même s’il est un peu plus loin, au moins, on y trouvera tout. Pavillons et quartiers HLM engendrent les gros centres commerciaux. Répartis dans la foule, on y rencontrera pas ses voisins. Que leur aurait-on dit ? Qu’est devenu le voisin ? La personne qui  loge à coté qu’on croise en voiture tous les jours mais à qui l’on parle une fois tous les deux mois ? Ou bien la personne qui va faire ses courses dans le même supermarché ? Est-ce vraiment si important de cultiver des personnes à qui parler quand la télévision fourni un large choix de Friends et de Neightbours ?

Un constat, rien de plus
Le but de cette réflexion n’est pas de jeter l’oprobe sur certains quartiers et leurs habitants, ni critiquer tel ou tel style de vie, ou modèle de développement, mais simplement souligner que la modernisation rapide de notre société s’accompagne dans de  nombreux endroits d’une pseudo-urbanisation où la convivialité est souvent remplacée par l’empilement des solitudes.

Ré-urbanisation virtuelle
Ce mouvement d’isolement, de dé-socialisation dans le monde réel, est contre-carré par l’essor des télécommunications. Les ordinateurs ont d’abord été reliés par les modems 56k et le téléphone, qui ont vite laissé place à l’ADSL, le wifi, la 3G, la fibre optique. Nos capacités de communication, de connexion, de mise en relation, on fait un formidable bon en avant en l’espace d’une décennie. L’internet abolie les distances, l’âge, la catégorie sociale. Reste les centres d’intérêts, les affinités. Une fois relié au réseau, le coût marginal de la communication est quasi nul.
Dans ce nouvel univers, un urbanisme numérique est à inventer. Email, forum, newsgroups, listes de discussions, univers virtuels (Second Life, PS Home, WoW, …) tchat, visio-conférence, blogs, wikis, réseaux sociaux (FaceBook, Twitter, …), … le nombre des moyens de communication, de rencontre, de collaboration, explose. Nous tendons à passer de plus en plus de temps online, ce qui nous entraine à échanger, parfois de façon très intime, avec un grand nombre de personnes.

Les MetaCités font références à ces communautés virtuelles qui s’animent autour des différents sites et services d’internet. Que cela soit un forum sur le jardinage bio, une guilde d’une soixantaine de joueurs sur World of WarCraft, ou un réseau social de 400 millions de personnes, les MetaCités sont ces lieux de mise en relation, de convergence autour de sujets ou projets spécifiques, d’émergence de nouveaux usages et nouvelles solutions.

Sans pour autant oublier le monde réel, utiliser le virtuel pour faire émerger des modes de vie et d’organisation sociale qui facilitent l’épanouissement et les bien-être de tous.

Une réponse à Les MetaCités : entre désurbanisation réelle et ré-urbanisation virtuelle

  1. Elsa dit :

    Article très intéressant. Le mouvement de désurbanisation me paraît inéluctable car nous n’avons plus les moyens de soutenir nos modes de vie. La crise financière actuelle est le symptôme de ce mal… Je viens de terminer la lecture de « Vicilisation, la Chute  » de Chris Antone sur ce thème, et je retrouve dans votre article et dans le roman cette « connectivité » nécessaire à l’émergence d’un nouveau modèle.